L'artisanat traditionnel Shipibo
Ces bijoux en graines de plantes de la forêt tropicale sont faits par des femmes de l’ethnie Shipibo. Ces indiennes sont originaires du piémont de la Cordillère des Andes, au début de l’immense plaine amazonienne, dans les environs de Pucallpa qui est la grande ville la plus proche.
Les Shipibo vivent en zone rurale très isolée à l’intérieur de la forêt où les déplacements se font généralement en pirogue ou en bateau, sur les fleuves qui servent de routes. La précarité du niveau de vie, de l’éducation et de la santé, caractérise ces secteurs qui restent vraiment très en marge du développement économique et social.
Les Shipibo vivent essentiellement de l’agriculture (manioc, banane, maïs), de la pêche, de la chasse, de la cueillette de racines et de fruits tropicaux. Les femmes se consacrent à l’artisanat (tissu, poterie, bijoux) et se déplacent loin de leurs communautés, parfois jusqu’à Lima, la capitale, pour vendre leur production ou faire du troc contre des vêtements ou des produits manufacturés.
C’est à La Merced, capitale de la province de Chanchamayo, où sont produits nos liqueurs, jus et confitures, que nous rencontrons certaines de ces familles qui ont maintenant émigré dans les quartiers périphériques de la ville où elles tentent une intégration difficile. En 2001, suite à un passage dans cette petite ville, nous établissons un premier contact avec quelques femmes et nous décidons ensemble d’essayer de vendre une partie de leur artisanat en France.
SALDAC achète, pour l’instant, des bijoux à un prix nettement supérieur aux tarifs locaux, pour améliorer les conditions de vie et encourager le développement économique des secteurs concernés (quartiers urbains et communautés).
Ces bijoux sont fait à la main avec des graines ramassées dans la forêt, ou parfois cultivées. Les petites graines marrons s’appellent Pashaka, les gaines noires Ashira, les graines blanc/gris Rosario, celles en forme de cœur un peu kaki Corazón, et les graines rouges Huayruro (porte bonheur dans la tradition culturelle Shipibo).
Pour 2007, les artisanes ont prévu de développer une gamme de sacs et de nappes, réalisée en coton teint de manière naturelle (argile, achiote ou écorce d’arbre), décorée de motifs traditionnels.
Depuis 2006, les Shipibo et d’autres ethnies de La Merced se sont regroupées sur un terrain plus proche du centre ville, où ils exposent peu à peu leur artisanat. Les conditions d’hygiène et de logement y sont meilleures que dans les anciens quartiers périphériques. C'est la mairie de La Merced qui a facilité l'accès à ce terrain, pour permettre la formation d'un pôle artisanal où chaque famille peut proposer ses créations aux touristes, de plus en plus nombreux dans cette région, en provenance essentiellement de la capitale Lima.
La confection des nappes traditionnelles
C'est à partir du coton péruvien qui pousse sur la côte pacifique ou en zone amazonienne, que sont confectionnées ces nappes. C'est un travail long et complexe car tout se fait à la main.
Il faut d'abord teindre le tissu avec des produits naturels pour les nappes à fond marron : on utilise généralement de l'écorce d'arbre, du Caoba (Acajou) ou du Nogal, un noyer tropical, qui ne ressemble pas du tout aux noyers européens. La teinte foncée de l'écorce donnera un marron plus ou moins soutenu selon les quantités utilisées et le temps de cuisson, car il faut faire bouillir le tissu avec l'écorce pour que la couleur se fixe sur le coton, grâce également à une roche naturelle (Alun) qui facilite la fixation.
Les dessins sont fait à la main selon l'inspiration du moment qui retrace une tradition artistique, inspirée des croyances ancestrales et de la représentation du monde dans lequel évolue les éthnies shipibo.
Pour la couleur des dessins elles utilisent dans un premier temps l'écorce d'une autre espèce d'arbre, ou plutôt d'un arbuste. Elles en font une macération pour obtenir une teinte grise, un peu dorée, qui permettra par la suite de déterminer la couleur définitive de ces traits, car en effet ils deviendront noirs grâce au contact avec un argile spécial.
Elles vont donc au bord d'une rivière où elles savent que se trouve ce type d'argile. Il faut d'abord le débarasser de toutes les herbes et autres impuretés, puis ensuite le mélanger avec de l'eau afin d'obtenir un liquide uniforme.
Une fois les dessins terminés sur la grande nappe, elle est alors prête à être plongée dans la mixture d'argile. Il faut environ 3 jours de travail intense pour finaliser l'ensemble de la représentation artistique, car c'est bien d'art dont nous pouvons parler, au vue de cette prouesse dans la conception du tracé.










